Du Marais à Chicot

Trajectoire, 19 décembre 2016

 

Je quittais mon appartement où j’avais toujours rêvé d’habiter, qui se trouvait non loin de l’hôtel de Nice où j’avais logé avec mon père, lors de notre voyage que nous surnommons le voyage jambon-beurre. Mon père a toujours une manière de rendre les choses plus magiques qu’elles ne le sont, en créant une sorte de mysticisme humoristique et ironique des petites choses sur lesquelles nous nous focalisons, qui rendent nos aventures uniques. Comme tout touriste qui se respecte, nous avions voulu à tout prix passer devant la Sorbonne. Enfin campée devant l’Université en admirant la beauté de l’architecture, il m’avait dit en souriant : « Un jour tu y seras ! ». Adolescente en quasi-échec de motivation scolaire, j’avais simplement rit, et nous poursuivions notre route pour aller déguster des sushis pour la première fois sur le boulevard saint Germain, où erraient quelques étudiants qui nourrissaient leur fétichisme de la formule du midi.

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Je partais à la gare Montparnasse pour prendre mon train en fin d’après-midi pour passer les fêtes de fin d’année dans l’authenticité familiale. Habituellement, je redoute ce moment où la fin approche, et, où je ne me sens pas tout à fait prête pour recommencer à nouveau : l’éternel retour. Installée à côté d’un hipster du onzième arrondissement dont il est parfois utile de se prémunir, je me laissais bercer par la musique de mes écouteurs sans projeter de vacances idéales. Les événements de ces derniers mois m’avaient amené à tenter de mettre en pratique la théorie du vivre la présentification du moment présent.

 

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Un long chemin alambiqué faisait cheminer la voiture fatiguée sur sept-cent mètres de gravillons et quasi-rochers. La voiture arriva à un pont où deux poteaux électriques en état de décomposition servaient d’agent de sécurité. De chaque côté du pont stagnaient deux lacs qui avaient été creusés à la main jadis par l’ancien propriétaire du domaine, Ange. Plus exactement, les deux lacs se rejoignaient par une mince ouverture qui se trouvaient sous le pont fragile. Cette petite ouverture expliquait la stagnation des eaux et le risque de confusion entre lacs et marais.

 

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Angela, qui prit le relais de cet immense domaine était venue me chercher à la gare avec sa doudoune de ski que mon père lui avait acheté pour ses cinquante ans lors de notre séjour à Barèges. Elle ne l’avait presque pas quitté depuis, néanmoins, pour la première fois, j’avais trouvé son style particulièrement négligé. Serait-ce parce que je partais de la ville pour me retrouver dans ce quasi-château que nous appelons « home », entouré de 18 hectares, que cette détresse me choquait davantage ? Où bien aurais-je subis un bouleversement dans mon système de valeur qui m’entrainait à faire preuve d’un jugement inadéquat ou pire de snobisme ? Je me demandais si je n’étais pas devenue comme toutes ces personnes qui lorsqu’ils arrivent à la campagne, perdent tout repères en voyant une forêt ou simplement en prenant conscience qu’ils ne sont plus à la capitale, mais bien en province comme les parisiens aiment à le dire. Ayant grandis ici, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi je l’avais trouvé si délaissée, si peu motivée. La globalité du drame semblait résider dans le parallèle que j’effectuais entre sa tenue bâclée et abandonnée, et son humeur qui persistait dans l’oubli.

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