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Life in the Marais

L’à-côté ou l’en-dehors

L’exclusivité comme qualité de ce qui est sans partage : être à côté du partage avec notre entourage. Ce partage est avant tout une communauté de sensibilité, ou de sensibilisation au réel. Peut-être que ce sentiment d’en dehors ou d’à côté émerge de notre rapport enfantin au monde, de notre rapport premier qui est inquiétant, qui n’est ni apprit dans les livres, ni à l’école. Nous évoluons dans un monde où, pour ceux qui ont accès à l’éducation familiale et scolaire qui est censé nous adapter, semble nous éloigner de la réalité de l’étant. Sans entrer dans une quête définitionnelle de ce que nous élaborons communément comme la réalité, vous-êtes vous déjà posé la question de savoir si vous étiez réellement là, impliqué dans la quotidienneté, les habitudes et les coutumes que vous prétendez partager avec vos proches ou votre cercle social ?

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Quel est ce sentiment d’être spectateur de sa vie et de celles dans lesquelles vous agissez tout en possédant une identité qu’autrui reconnaît comme étant la votre? Un prénom, un âge évoluant, une peau se régénérant et s’usant à travers les tempêtes et les vagues des marais de l’existence qui nous traversent et nous entraînent.

Réflexion constante ou inadaptabilité au monde phénoménal ? Peut-être ne s’agit-il pas là d’un choix à effectuer mais d’une complémentarité. La quête de la satisfaction de nos souhaits les plus chers se heurtent à cette volonté permanente de l’aspiration à la convenance.

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La lucidité de la co-construction du réel

D’où a surgit cette lucidité du réel co-construit sur le fondement de l’idée de la séparation, et de l’inquiétude originelle ?

Lorsque nous parlons des nombreuses crises que nous traversons dans la temporalité de notre vie humaine « crise d’adolescence », « crise de la quarantaine », à quoi nous référons-nous ?

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  Il semblerait que nous nous référons à un certain prisme identitaire : un prisme, car nous sommes jetés dans un monde, et nous passons le quart de notre vie à essayer de nous hisser à la hauteur de cette identité qui est censé nous déterminer en tant qu’individu. Nous passons notre temps à nous efforcer à suivre des suggestions, des objectifs qui ne sont en réalités pas co-crées, dont nous ne participons pas, mais qui héritent de modes de pensées qui dépassent notre société actuelle. Nous savons que la génération Y, ou les Millénnials, ont pris l’habitude de vivre dans l’immédiateté de la reconnaissance, le désir d’assouvir leurs besoins éminemment. Notre préoccupation fondamentale est de chercher des intermédiaires afin d’accélérer l’assouvissement de nos désirs, à travers nos relations (tinder), nos moyens d’expressions (messagerie instantanée). Nous participons à une optimisation de notre rapport au temps en faisant croire à tout un chacun que cela est en vue d’un rapprochement, mais cela ne fait que nous éloigner, et nous amener à croire à la fiction de relations crées (fin-tech).

  La temporalité semble être au centre de nos préoccupations, et pourtant nous passons notre temps à appréhender l’avenir, à la préparer tout en ayant perdu l’espoir dans la constance et la permanence du futur. Le paradoxe est qu’en appréhendant le temps en nous focalisant sur les moyens qui nous permettent d’accéder à cette assurance d’une stabilité d’un futur meilleur, nous projetons une immédiateté qui passe à côté de cet instant qui caractérise les différentes segmentations possibles du temps. La temporalité nous préoccupe autant que nous la fuyons. Cette fuite s’explique par notre incapacité à jouir du moment présent, et à être sans cesse à la quête d’une mise à jour méliorative de notre psyché.

 

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  Cette préoccupation du temps a-venir liée à l’idée que nous sommes des êtres vivant dans la séparation, des êtres issus de l’inquiétude originelle,  participe à une certaine pensée de l’identité dont nous avons hérité pour maintenir une certaine stabilité sociale. Cette assimilation soulève un problème majeur qui est celui du rapport à soi. Il existe différents moyens de pressions dont nous nous servons pour soutenir la vie humaine. L’agissement sur les passions (à entendre en un sens très large, sentiments, sensations, émotions) semble être un socle formidablement efficace à partir duquel orchestrer la multiplication de l’apparaître identitaire.

En faisant appel à l’estime de soi, la passion qui est la crainte, et cette identité qui semble toujours à refaire, au lieu de nous garantir une stabilité à venir, nous nous encourageons dans la voie de notre propre séparation identitaire.

 Nous passons le temps à essayer de suivre des préceptes qui ne sont pas les nôtres, à nous perfectionner dans des activités dont nous ignorons le télos. Nous sommes soumis à  certaines régulations sociétales, et nous observons un redoublement de normalisation dont il est difficile de se détacher lorsque nous avons commencé à nous immerger dans les spectres du déterminisme.

Que préparons-nous si le réel n’est qu’un agrégat fictionnel d’anticipation d’un futur co-crée à partir des fondements de l’anticipation et de la séparation existentiel ?

 

Trajectoire

Du Marais à Chicot

Trajectoire, 19 décembre 2016

 

Je quittais mon appartement où j’avais toujours rêvé d’habiter, qui se trouvait non loin de l’hôtel de Nice où j’avais logé avec mon père, lors de notre voyage que nous surnommons le voyage jambon-beurre. Mon père a toujours une manière de rendre les choses plus magiques qu’elles ne le sont, en créant une sorte de mysticisme humoristique et ironique des petites choses sur lesquelles nous nous focalisons, qui rendent nos aventures uniques. Comme tout touriste qui se respecte, nous avions voulu à tout prix passer devant la Sorbonne. Enfin campée devant l’Université en admirant la beauté de l’architecture, il m’avait dit en souriant : « Un jour tu y seras ! ». Adolescente en quasi-échec de motivation scolaire, j’avais simplement rit, et nous poursuivions notre route pour aller déguster des sushis pour la première fois sur le boulevard saint Germain, où erraient quelques étudiants qui nourrissaient leur fétichisme de la formule du midi.

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Je partais à la gare Montparnasse pour prendre mon train en fin d’après-midi pour passer les fêtes de fin d’année dans l’authenticité familiale. Habituellement, je redoute ce moment où la fin approche, et, où je ne me sens pas tout à fait prête pour recommencer à nouveau : l’éternel retour. Installée à côté d’un hipster du onzième arrondissement dont il est parfois utile de se prémunir, je me laissais bercer par la musique de mes écouteurs sans projeter de vacances idéales. Les événements de ces derniers mois m’avaient amené à tenter de mettre en pratique la théorie du vivre la présentification du moment présent.

 

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Un long chemin alambiqué faisait cheminer la voiture fatiguée sur sept-cent mètres de gravillons et quasi-rochers. La voiture arriva à un pont où deux poteaux électriques en état de décomposition servaient d’agent de sécurité. De chaque côté du pont stagnaient deux lacs qui avaient été creusés à la main jadis par l’ancien propriétaire du domaine, Ange. Plus exactement, les deux lacs se rejoignaient par une mince ouverture qui se trouvaient sous le pont fragile. Cette petite ouverture expliquait la stagnation des eaux et le risque de confusion entre lacs et marais.

 

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Angela, qui prit le relais de cet immense domaine était venue me chercher à la gare avec sa doudoune de ski que mon père lui avait acheté pour ses cinquante ans lors de notre séjour à Barèges. Elle ne l’avait presque pas quitté depuis, néanmoins, pour la première fois, j’avais trouvé son style particulièrement négligé. Serait-ce parce que je partais de la ville pour me retrouver dans ce quasi-château que nous appelons « home », entouré de 18 hectares, que cette détresse me choquait davantage ? Où bien aurais-je subis un bouleversement dans mon système de valeur qui m’entrainait à faire preuve d’un jugement inadéquat ou pire de snobisme ? Je me demandais si je n’étais pas devenue comme toutes ces personnes qui lorsqu’ils arrivent à la campagne, perdent tout repères en voyant une forêt ou simplement en prenant conscience qu’ils ne sont plus à la capitale, mais bien en province comme les parisiens aiment à le dire. Ayant grandis ici, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi je l’avais trouvé si délaissée, si peu motivée. La globalité du drame semblait résider dans le parallèle que j’effectuais entre sa tenue bâclée et abandonnée, et son humeur qui persistait dans l’oubli.

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